solitude seule lac nature

Définir la solitude

Définir la solitude est presque aussi difficile que de la vivre ! La définition occupe une partie primordiale dans mon Livre Seul.e – Faut-il souffrir de solitude ? En effet, après des mois de recherches, j’ai finalement réussi à comprendre et définir la solitude. Cet article est donc extrait des définitions plus développées dans le livre qui inclut également des exemples personnels. Or, je n’étais pas la seule à éprouver des difficultés à définir la solitude :

La solitude est délicate à définir précisément parce qu’elle s’associe à toute une gamme d’émotions allant de la tristesse à la joie, parce qu’elle survient dans des situations très variables, se manifeste ponctuellement ou inversement, traduit un sentiment chronique.

Gérard Macqueron, Psychologie de la solitude, Odile Jacob, poches 2009, Paris 2013, page 55.

Un phénomène récent ?

Il y a vingt ans, Boris Cyrulnik décrivait la solitude comme un phénomène nouveau. Il serait dû notamment aux assez récents statuts de célibat :

Jusqu’au milieu du XIXe siècle… […] la solitude n’était pas possible : un homme sans femme ne pouvait pas vivre quand il partait aux champs à cinq heures du matin pour rentrer à la nuit. […] Une femme sans homme ne pouvait pas survivre dans un contexte technologique où seuls les muscles des hommes et des animaux fournissaient l’énergie…

Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, Odile Jacob, poches, 1999, Paris 2002, page 72

On assiste en effet depuis peu à de nouvelles façons de vivre dans nos sociétés modernes. Elles sont probablement la cause principale de la souffrance dû à la solitude. Il y a quelques dizaines d’années, les gens vivaient principalement en couple et près de leur famille. Ils étaient trop occupés par le travail pour se poser d’autres questions que comment survivre. En tous cas pour la grande majorité. Comme l’écrivait Voltaire, “Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin” (Voltaire, Candide ou l’Optimisme, 1759).

Définir la solitude aujourd’hui

Aujourd’hui, on peut choisir ou devoir vivre seul et déménager loin de sa famille et de ses amis. On a néanmoins plus de temps libre pour se demander si on est heureux et se poser des questions sur son propre bien-être. Ces nouveaux questionnements ont créé toute une flopée de personnes malheureuses qui ont du mal à en définir les causes. Pourtant il ne faut pas réduire à solitude à un problème superficiel ou de luxe. Il s’agit d’une réelle souffrance. Mais il faut bien admettre que le problème est nouveau et s’amplifie depuis peu.

Une société plus individualiste

Parallèlement au fait de vivre seul, la société devient plus individualiste. Les gens se voient moins, partagent moins et s’entraident moins. Et la solitude est d’autant plus grande.
Il y a une génération, on connaissait ses voisins, les enfants jouaient ensemble, on discutait et se donnait un coup de main si besoin. Si c’est encore parfois le cas dans les villages ou quartiers résidentiels, c’est loin d’être systématique et très rarement le cas en ville. Beaucoup de personnes ne savent rien de leurs voisins de palier sans même parler de ceux de l’immeuble d’à côté.

Face à ce constat, on s’étonne moins du phénomène de solitude. Celui-ci ne touche pourtant pas tout le monde et n’est pas une fatalité. Certaines personnes recherchent même la solitude. Pour mieux comprendre, il faut encore préciser la définition de la solitude.

Un problème de langue

Être seul et se sentir seul, ce n’est pas du tout pareil !

La solitude, c’est être seul ou se sentir seul ? Le mot ne permet pas de le savoir. L’absence de terminologie adéquate reflète souvent l’absence de prise en compte d’un sujet. Si la France déclare désormais dans de nombreuses recherches qu’il existe un problème de solitude, aucune solution n’est trouvée.

Les avis des Français sur le sujet diffèrent en outre beaucoup. Comme il n’existe qu’un seul mot pour désigner les différentes solitudes, cela crée des confusions et ceux qui en souffrent, souffrent d’autant plus de ne pas être reconnus. En même temps, ceux qui ont choisi la solitude et l’apprécient ne comprennent pas forcément que le problème existe. Les deux facettes de la solitude sont presque aux extrêmes l’une de l’autre, mais représentées par le même mot en français. Jean-Louis Fournier envie à juste titre la langue anglaise :

Les Anglais ont deux mots pour parler de la solitude : loneliness « seul, sans l’avoir choisi » et solitude « seul, quand on a choisi de l’être.

Jean-Louis Fournier, Je ne suis pas seul à être seul, JC Lattès, 2019, page 157.

À vrai dire, il existe même en anglais, un troisième mot pour désigner cette solitude bénéfique et choisie. Celle qui renvoie à l’absence voulue d’autrui où une personne se sent complète en compagnie d’elle-même : aloneness.
En français, nous avons donc besoin de créer deux termes ou expressions différentes pour pouvoir parler clairement de la solitude. Avis à l’Académie Française, s’il vous plaît ! 😉


Définir la solitude positive

Il y a bien une façon positive de voir la solitude : telle une liberté infinie. Faire ce que l’on veut quand on veut, sans contraintes, sans rien devoir à personne. Avoir le temps de se consacrer à ses passions. Il s’agit de cette célèbre solitude des génies, artistes ou philosophes. Celle qui permet de créer des œuvres incroyables ou de développer des théories qui le sont tout autant. Sans aller jusqu’à penser comme Victor Hugo qui disait « La solitude est bonne aux grands esprits et mauvaise aux petits », il faut admettre qu’il s’agit en général du privilège d’une minorité de créateurs, ermites ou surdoués. Pourtant elle ne leur est pas réservée. Quoi qu’il en soit, on va l’appeler la solitude positive.

Définir la solitude négative

Il ne faut pas sous-estimer la souffrance due à la solitude. Elle est véritable et peut mener à la dépression voir au suicide dans le pire des cas. La solitude peut être une souffrance profonde et très difficile à surmonter. Ceux qui ne l’ont pas connue ne peuvent pas se l’imaginer. De plus, quand on se sent seul et en souffre, on entre souvent dans un cercle vicieux. On se sent différent des autres et on se demande ce qui cloche chez soi ou chez eux. On se sent parfois abandonné, comme si la Terre entière en voulait à sa personne. On n’est plus du tout objectif. Pour décrire cet état plus précisément, on pourrait proposer la création d’un mot comme seulitude. Mais pour commencer écrivons solitude négative.

Il ne suffirait évidemment pas de produire un mot pour résoudre le problème de la solitude négative. Mais mieux le définir permettrait de l’évoquer avec plus de clarté. Le vaste sujet de la solitude est difficile à aborder, car il doit d’abord être défini. Qu’il s’agisse de la solitude négative imposée que je traite principalement ici ou bien de la solitude positive choisie qui m’intéresse aussi.

Transformer la solitude négative en solitude positive

Voilà exactement ce qui nous importe ! On peut en effet transformer la solitude imposée en solitude choisie. Mais c’est difficile à faire seul, sans aide extérieure, sans motivation ou sans espoir. Il faut un déclencheur… Ne serait-ce qu’un sourire encourageant de la part de quelqu’un ou une parole bienveillante. De petites choses qui changent tout. Mais il y a aussi une motivation à découvrir en soi. Le besoin de poursuivre sa vie, voire une révolte interne qui refuse d’abandonner… Une force et un carburant qu’il faut réussir à trouver en apprenant à :

  • mieux se connaître soi-même
  • avoir confiance en soi
  • faire une activité qui apporte une satisfaction certaine
  • se faire plaisir

L’écrivain Jean-Louis Fournier résume de façon très prosaïque : « Si vous n’êtes ni musicien, ni écrivain, ni peintre, pour meubler votre solitude, vous pouvez compter vos sous. Si vous êtes fauché, comptez vos cheveux… » (Fournier, Ibid., pages 20, 21). Je dirais qu’il y a tout de même des activités solitaires plus plaisantes que cela. Personnellement, je listerais :

  • faire une belle balade dans la nature,
  • se préparer un bon plat,
  • regarder un bon film,
  • lire un bon livre,
  • s’adonner à ses passions,
  • écrire…

Quelles sont les activités qui vous font du bien ? Dites m’en plus dans les commentaires !

Conclusion

Il faut à tout prix sortir du cercle vicieux de la solitude imposée et négative qui fait souffrir et empêche toute rencontre. Afin d’atteindre celle, positive, qui est choisie et dont on peut profiter. Et qui va même ensuite créer des rencontres.

Quadra célibataire qui vit seule avec son chien et son chat, mais aussi avec ses enfants parfois... Il m'est arrivé de me sentir seule et j'ai constaté que c'était le cas de beaucoup d'autres personnes. Je refuse de souffrir de la solitude et j'ai décidé de m'attaquer au problème et de le régler !
Posts created 13

3 commentaires pour “Définir la solitude

    1. Très intéressant en effet. Elles insistent d’ailleurs bien sur la différence entre être seul et se sentir seul, car la solitude n’est pas synonyme de souffrance et elles l’expliquent bien 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut